L’indicateur 24 prolonge la logique de veille systématique inaugurée par l’indicateur 23 en déplaçant le regard du cadre juridique vers le terrain professionnel. Là où l’indicateur 23 surveille les lois et règlements, l’indicateur 24 scrute les évolutions des compétences, des métiers et de l’emploi dans les secteurs où l’organisme intervient. Cette veille est le fondement même de la pertinence des formations proposées : un organisme qui ignore les mutations de son secteur forme des apprenants pour un monde qui n’existe plus.

Rattaché au Critère 6 — Inscription dans l’environnement professionnel, cet indicateur partage avec les indicateurs 23 et 25 une même architecture d’exigences : la veille n’est pas une collecte passive d’informations, c’est un système actif qui nourrit l’adaptation des prestations. Pour une vue d’ensemble de tous les indicateurs, consultez notre guide complet des 32 indicateurs Qualiopi.

Ce que dit le référentiel

Texte officiel — Indicateur 24

Le prestataire réalise une veille sur les évolutions des compétences, des métiers et des emplois dans ses secteurs d'intervention et en exploite les enseignements.

La formulation met l’accent sur deux éléments clés. D’abord, le périmètre de la veille est délimité par les secteurs d’intervention de l’organisme : il ne s’agit pas de surveiller l’ensemble du marché de l’emploi mais de se concentrer sur les filières dans lesquelles les formations sont dispensées. Ensuite, comme pour l’indicateur 23, le triptyque fondamental s’applique : mettre en place le dispositif, exploiter les informations recueillies et communiquer les résultats en interne. L’auditeur vérifiera ces trois dimensions de manière systématique.

Ce que l’auditeur attend concrètement

En pratique, l'auditeur cherche à valider ceci

L'auditeur évalue la capacité de l'organisme à anticiper les mutations professionnelles de ses secteurs d'intervention. Trois axes sont systématiquement examinés.

1. Identification des sources sectorielles

L'auditeur vérifie que les sources de veille correspondent aux secteurs d'activité de l'organisme. Un organisme qui forme dans le numérique doit consulter les études de l'OPIIEC ou du Syntec Numérique. Un organisme formant dans la restauration doit suivre les publications de l'OPCO AKTO ou de l'UMIH. La pertinence des sources par rapport aux domaines de formation est un critère fondamental.

2. Traduction en adaptation des programmes

L'auditeur cherche des exemples concrets de modifications apportées aux formations suite à la détection d'une évolution métier. L'apparition d'une nouvelle compétence dans une fiche RNCP a-t-elle conduit à enrichir un module ? La disparition d'un débouché a-t-elle entraîné une réorientation de programme ? Ce passage de l'observation à l'action est le coeur de l'évaluation.

3. Partage avec les équipes et les parties prenantes

Les enseignements de la veille doivent irriguer l'ensemble de l'organisme. L'auditeur attend des traces de partage : réunions pédagogiques intégrant un point sur les évolutions métiers, fiches de synthèse diffusées aux formateurs, échanges documentés avec les entreprises partenaires sur les besoins émergents en compétences.

Applicabilité par type de prestation

AFC

Obligatoire

Veille sur les compétences et métiers visés par les formations proposées.

CBC

Obligatoire

Connaissance des évolutions sectorielles pour orienter les bénéficiaires.

VAE

Obligatoire

Suivi des référentiels métiers et certifications dans les secteurs accompagnés.

CFA

Obligatoire

Anticipation des besoins en compétences des entreprises d'accueil.

Preuves attendues par l’auditeur

L’auditeur s’appuiera sur des éléments concrets pour évaluer votre conformité. Voici les principales catégories de preuves à préparer.

1

Registre de veille emplois-métiers

Tableau structuré et horodaté documentant les évolutions détectées dans vos secteurs d'intervention : nouvelles compétences identifiées, métiers en tension, disparition de certains débouchés, mise à jour de fiches RNCP. Chaque entrée doit mentionner la source, la date et l'impact potentiel sur vos formations.

2

Études et rapports sectoriels collectés

Publications des observatoires de branche, études OPCO, enquêtes BMO de France Travail, rapports DARES sur vos filières. Ces documents doivent être annotés ou accompagnés d'une fiche de synthèse identifiant les enseignements clés pour vos prestations.

3

Preuves d'adaptation des formations

Documents démontrant que la veille a conduit à des modifications concrètes : création d'un nouveau module sur une compétence émergente, mise à jour d'un programme suite à l'évolution d'un référentiel métier, réorientation d'un parcours vers des débouchés plus porteurs. Le lien veille-action doit être explicite.

4

Traces de partage et de concertation

Comptes rendus de réunions pédagogiques intégrant les évolutions métiers, échanges documentés avec les entreprises partenaires, consultations de conseils de perfectionnement (CFA), notes de synthèse diffusées aux formateurs sur les tendances de leurs secteurs.

Checklist de conformité

Point de contrôleOK
1Une procédure de veille emplois-métiers est formalisée, avec des sources adaptées aux secteurs d'intervention de l'organisme et une fréquence de consultation définie.
2Un registre ou tableau horodaté centralise les évolutions détectées (compétences émergentes, métiers en tension, mises à jour RNCP) avec la source et l'impact évalué.
3Des abonnements aux observatoires de branche, OPCO, France Travail et sources sectorielles pertinentes sont documentés et actifs.
4Des exemples concrets d'exploitation sont disponibles : adaptation de programmes, création de modules, réorientation de parcours suite à une évolution métier identifiée.

Nos conseils pratiques

Ciblez vos secteurs d'intervention

Ne dispersez pas votre veille sur l'ensemble du marché de l'emploi. Identifiez précisément les codes NAF, les fiches RNCP et les branches professionnelles qui correspondent à vos formations. Un organisme spécialisé en comptabilité doit suivre l'Observatoire de la profession comptable et les publications de l'OPCO Atlas, pas les statistiques générales de l'emploi. Cette focalisation rend votre veille crédible et exploitable.

Reliez veille et ingénierie pédagogique

La veille emplois-métiers prend tout son sens lorsqu'elle alimente directement la conception des formations. Formalisez ce lien dans votre registre : en face de chaque évolution détectée, notez la décision pédagogique qui en découle. Par exemple, l'essor de l'intelligence artificielle dans le secteur RH a conduit à intégrer un module "IA et recrutement" dans votre formation. Ce type de traçabilité impressionne les auditeurs.

Mobilisez vos partenaires terrain

Les entreprises partenaires, les tuteurs, les anciens stagiaires sont des sources de veille inestimables. Formalisez ces échanges : comptes rendus de réunions avec les employeurs, enquêtes d'insertion à 6 mois, retours documentés des tuteurs en entreprise. Cette veille de terrain complète les données statistiques et démontre votre ancrage dans la réalité professionnelle de vos secteurs.

Non-conformités : ce qui fait échouer l’audit

Non-conformité mineure

Absence d'exploitation des résultats : l'organisme collecte des données sur les évolutions de ses secteurs (études OPCO, rapports de branche, statistiques France Travail) mais ne peut démontrer que ces informations ont conduit à des ajustements concrets de ses formations. La veille existe mais reste décorative.

Non-conformité majeure

Absence de mise en place de la veille : aucun dispositif de veille sur les évolutions des compétences, métiers et emplois n'est identifiable. L'organisme ne dispose d'aucune source sectorielle identifiée, d'aucun registre et d'aucun processus formalisé de surveillance de ses domaines d'intervention.

Cumul exploitation et communication : l'organisme collecte des informations sectorielles mais ne les exploite pas pour adapter ses formations ET ne les partage pas avec ses équipes pédagogiques. Cette double absence démontre que la veille est purement formelle et n'alimente ni l'ingénierie de formation ni le travail des formateurs.

Questions fréquentes

Que recouvre exactement la veille emplois et métiers exigée par l’indicateur 24 ?

L’indicateur 24 exige une surveillance ciblée des évolutions des compétences, des métiers et de l’emploi dans les secteurs où l’organisme intervient effectivement. Il ne s’agit pas d’une veille généraliste sur le marché du travail mais d’un suivi sectoriel précis. Un organisme formant dans la cybersécurité doit surveiller les référentiels ANSSI, les certifications émergentes du secteur et les métiers en tension dans le numérique. L’auditeur vérifie que les sources correspondent aux domaines de formation et que les informations collectées sont exploitées et partagées.

Comment prouver l’exploitation de la veille emplois-métiers en audit Qualiopi ?

L’exploitation se démontre par des actions concrètes et documentées découlant directement de la veille. L’auditeur attend des exemples précis : la détection d’une nouvelle compétence dans une fiche RNCP a conduit à créer un module de formation, l’identification d’un métier en déclin a entraîné la réorientation d’un programme, une enquête auprès des entreprises partenaires a motivé l’ajout d’une certification complémentaire. Le registre de veille doit contenir une colonne “actions entreprises” pour chaque évolution significative détectée.

Quelles sources utiliser pour la veille emplois et métiers Qualiopi ?

Les sources doivent être adaptées à vos secteurs d’intervention. Les incontournables incluent France compétences (fiches RNCP et RS, mises à jour des référentiels), les observatoires prospectifs des métiers de vos branches professionnelles, les OPCO (études sectorielles et diagnostics de besoins), France Travail (statistiques de tensions, enquêtes BMO), la DARES (publications sur l’emploi et les qualifications) et l’INSEE (données sectorielles). Complétez ces sources institutionnelles par des échanges directs avec les entreprises partenaires et les fédérations professionnelles de vos domaines.

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Mehdi Joyen
Mehdi Joyen

Expert en certification Qualiopi et fondateur de CertiFlash. Accompagne les organismes de formation vers l'excellence et la conformité.